Une photo, un poto !

Une photo, un poto : Charly Berthonneau

Le principe est simple : on choisit une photo, on l’envoie à un poto, ça lui inspire un texte illico !

Une photo, un poto - Charly Berthonneau
Photo by Nainoa Shizuru on Unsplash

Un texte de Charly Berthonneau

Ca y est on y est. Le silence avant la promesse.

Pour y arriver les kilomètres ont été avalés.
En train sous la Manche, en métro dans les souterrains londoniens.

On rejoint les colonnes des marcheurs, tels des pèlerins anonymes unis par cette même promesse de communion musicale.

On passe le dernier contrôle, on présente le morceau de feuille froissé sorti de la poche arrière du jean’s.

On échange les regards. On se sourit. On y est.

Le temps de découvrir le site : les scènes, les chapiteaux, les points de restauration et de boissons.

Une prise de marques. Il fait encore jour. Premier achat d’alcool. Premier passage devant une scène. Les corps se déhanchent avec sensualité. On participe mais encore avec un regard extérieur.

Après je ne sais plus.

J’ai rendez-vous.
Direction le grand chapiteau. Seul.

Il fait nuit.

J’entre.
Le précédent concert est terminé.
L’obscurité.
Une foule s’est pressée et occupe les trois quarts de l’espace.

Je sens l’excitation monter. Je mets les bouchons d’oreille. Dernier geste. Une façon de me dire que ça y est, je suis enfin prêt.

Et là.
Une nappe s’échappe des murs d’enceintes. Le son est fort.
Un faisceau vert apparait sur l’écran sur toute la largeur de la scène. Il se meut. Il ondule tel un oscilloscope connecté aux fréquences. Un rite futuriste du charmeur et du cobra.
A moins que ce ne soit l’inverse. On ne sait plus. Qui dirige quoi.
Les lumières et les sons ne font qu’un.
La cage thoracique vibre. Les yeux sont troublés. Les hanches se balancent de gauche à droite.

Une ligne de basse s’élève. Tous s’élèvent. Un seul. Maintenant.

Un break. Un micro-silence.
Et le kick retentit. C’est le signal. Les bras s’élèvent. Cherchent à toucher l’insaisissable.
Les pieds entament leur marche sur place. Le temps s’arrête. Ou il continue. Ou est dilaté. Qu’importe.
Un sentiment d’élévation nous unit tous.
Des rictus se dessinent sur les visages.
Des cris tentent de percer le bruit.

Les épaules ondulent.
Le mouvement des jambes se mécanise.

Les yeux se ferment. Les flashs transpercent les paupières.
Les basses résonnent dans les corps.

Que se passe-t-il ?
On communie. Ensemble, dans un silence et un bruit assourdissant.
Il n’y a pas de divinité.
Mais il n’y a pas rien.
Le retour à un rite païen ?

Une expérience de transcendance.
Une sensation d’être connecté à soi.
Aux autres. Aux inconnus. A la nuit. A l’univers.

Une marche en surplace qui avance. Ici et maintenant. Un esprit qui semble toucher autre chose. Le kaïros.

Et ça continue.

Les basses.
Le groove, ce balancement vital.
Les mélodies, ces vagues qui dressent et inclinent la tête.

Et ça continue.

Un voyage sur place.

Et si c’était ça. Et si nous n’étions pas en train faire l’expérience d’une modulation de l’espace-temps ?
Ensemble.

Et si cela n’avait pas bougé un peu ? Et si nous avions vécu un micro-décalage dans le futur ?

Est-ce que cela expliquerait cette mélancolie qui nous surprend quand tout s’arrête ?

On ne débriefera pas. On en parlera pas. On ne saura pas.
Jusqu’à la prochaine fois.

Singularity, de Jon Hopkins : un son que Charly a souhaité associer à son texte

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.